L'expérience de la mort initiatique

Le Kemetisme

 

LA TRADITION SACREE KAMITE

LEÇON N° 2

 

LA MORT INITIATIQUE OU DEUXIEME NAISSANCE

Par JP. KAYA

 

repris du site Maatocratie

 

On peut retenir le néologisme KÉMÉTISME pour qualifier la tradition sacrée Kamite. Ce terme remplacerait alors le terme occidental INITIATION. Cependant il resterait à préciser les rapports du Kémétisme avec la MAAT. Si le Kémétisme renvoie aux différentes pratiques qui relevaient jusqu’ici de l’Initiation, la MAAT elle-même qui n’est qu’une version estimée la plus élaborée de l’Initiation doit être considérée comme l’archétype même de l’Initiation africaine. Elle est la référence à laquelle il faut se reporter pour évaluer le degré de véracité de toute pratique initiatique observée dans la communauté africaine, et partant dans le monde entier.

Nous allons dans cette leçon évaluer l’intérêt des pratiques dites de la mort initiatique observées dans la presque totalité des initiations africaines précoloniales et nous y reviendrons dans une prochaine leçon pour y porter un jugement sur elles, par rapport à la norme que représente la MAAT : la science divine elle-même.

 

I- OBSERVATION

Chez les Mandeng, la pédagogie initiatique consiste à éprouver l’individu dans son être, pour l’endurcir afin de le préparer à l’existence. C’est en effet par la souffrance physique, que l’on espère atteindre la structure psychique de l’homme. L’Initiation des anciens Congolais, le KIMPASI, signifie de ce fait, «lieu de souffrance, ou encore Ecole de l’effort». Tout commence en général avec la circoncision. Dans la théorie de la personne chez les Malinké et les Bambara, l’incirconcis, ou BILAKORO est porteur d’un élément, principe ambivalent appelé le WANZO. La circoncision en le débarrassant de ce principe, affûte en même temps son intelligence et facilite, dit-on la socialisation.

Ainsi l’être devient sur le plan de la méthodologie initiatique, le terrain privilégié des enquêtes et de toutes les expériences. Seul capable de fournir le critère de la vérité.

«L’apprentissage commence dès les premières années de la vie. Il est centré d’emblée sur la domination de la souffrance, tant sur le plan physique que moral. L’individu apprend constamment à contenir ses réactions vis à vis des situations qui lui sont imposées par le groupe lors de son insertion progressive au sein de la société des hommes. En développant, par le truchement du sentiment de l’honneur, la capacité de résister aux émotions que procurent habituellement la douleur physique et la souffrance morale, le code des valeurs engage chacun à faire preuve de CE-YA(courage, bravoure), condition pour être un homme.» (M. BALLA TRAORE, 1980, p.208).

Dans l’expérience mandeng de l’initiation, ce sont notamment les Joow: NDOMO, KOMO, et KORE, qui structurent la pratique autour de l’épreuve physique.

«Les rites initiatiques sont toujours des épreuves destinées à éprouver le courage personnel, ils se déroulent toujours dans le silence opposé à la souffrance. C’est là que réside toute l’efficace de la pédagogie. Car une fois les épreuves passées, et toute souffrance oubliée, il subsiste toujours un « surplus » irrévocable : les traces que laissent le fouet (NDOMO) et (KORE) ou la marque du couteau (KOMO). La fustigation rituelle disent les Bambara et les Malinké dans leurs chants, est destinée à « tremper » le corps de l’initié, à vivifier sa pensée en oeuvrant à sa réflexion afin de fortifier sa personnalité. Le corps disent les Mandeng, médiatise l’acquisition du savoir, et c’est ce qui explique que l’initiation en son moment sublime c’est-à-dire lors des cérémonies appropriées, prend complètement possession du corps de l’initié pour y inscrire la « loi » de la société, y rassembler « l’éthos communautaire ». Ce faisant la marque devient par sa proximité même, un obstacle à l’oubli, une partie intégrante de la mémoire de la société ». (M. B. TRAORE, 1980, p.208).

Pour se faire une idée exacte de ces pratiques, il nous faut citer l’abbé HENRY [1] témoin oculaire des faits qu’il rapporte:

« Sur la place publique, en face des tambours qui donnent la mesure et battent la cadence, nos jeunes NDOMO DEON (initiés au NDOMO) vont se flageller et, pour la plupart, jusqu’au sang. Les vieux accourent, traînant leurs nattes après eux, les femmes accroupies sur leurs tabourets minuscules frappent des mains et chantent, et les mamans ceignent les reins de leurs enfants d’une longue écharpe blanche pour leur protéger le bas-ventre d’un mauvais coup…Tous, deux par deux, par rang d’âge et de taille, les enfants se flagellent et durant des heures souvent c’est, surpassant les applaudissements de la foule et ses cris d’encouragement, le flic et flac des coups de gaule faisant jaillir le sang, meurtrissant les chairs, laissant toujours pour marque un sillon gros comme le pouce. Les petiots de six à sept ans, s’arrêtent souvent au deuxième coup, pour se gratter l’échine, ouvrir la bouche et pleurer, mais j’en ai vu rester impassibles tout comme leurs aînés de dix à douze ans, pas une larme, pas une plainte, pas un cri de douleur, c’est à les croire de bronze tant ils sont insensibles.»

Ainsi on attribue à la douleur une fonction pédagogique. Elle participerait à la à la fragmentation puis à la destruction de l’ancienne personnalité pour imposer la nouvelle, et la fortifier dans son rôle. La discipline, la mise à l’épreuve morale et physique sont partout en Afrique précoloniale des techniques qui furent largement utilisées pour réglementer l’acquisition du statut d’initié. En réalité cette souffrance physique administrée à l’individu, ne se justifie que parce qu’elle est doublée d’un processus symbolique profond celui de la Mort Initiatique, à l’issue de laquelle, le postulant à l’Initiation, se réveille à une autre personnalité, considérée comme une Nature Divine et Supérieure [2].

Dominique ZAHAN [3] écrit en effet:

« … L’Initiation africaine comporte un autre aspect non moins prenant que celui que nous venons d’analyser. Elle se veut être une sorte de sacrement qui, après une mise à mort symbolique du novice, est susceptible de lui octroyer la résurrection et une nouvelle vie.».

Rappelons ici, que parmi les deux pratiques initiatiques majeures observées dans l’ancien Empire du Kongo : le KITOMI (Initiation du peuple) et le KIMPASI (Initiation de l’élite), cette dernière avait pour mission spécifique : la Résurrection des morts.

Il nous faut introduire à ce stade de notre argumentation un nouveau concept. Celui de « nature humaine», que nous avons déjà évoqué jusqu’ici, mais qu’il faut maintenant situer et expliquer. Ce concept n’a de sens, que dans une culture où la croyance en un démiurge, en une entité transcendante, responsable de la création de la nature et expliquant son fonctionnement comme dans l’expérience vitaliste, ne pose pas de problèmes. Car dès qu’on croit que le monde a existé de tout temps, et qu’il n’est habité ou gouverné par aucune Intelligence Supérieure à celle de l’Homme, il n’y a plus aucune raison de penser que l’Homme possède une nature opposable à une nature qui lui soit meilleure et supérieure. C’est le point de vue existentialiste défendu par SARTRE [4], mais en réalité pouvant être étendu à l’idéologie individualiste de la société moderne elle même. Or, pour l’Africain, l’existence d’une nature humaine ne fait aucun doute. La seule présence d’institutions initiatiques le prouve. En effet, il est absurde de vouloir transformer l’homme afin de faire émerger en lui une Nature Supérieure et Divine, si l’on croit que celle-ci ne correspond à rien de concret. Et donc qu’une simple socialisation suffirait à donner sens à sa vie et une instruction appropriée à lui donner des compétences nécessaires pour qu’il se prenne en charge. En fait la croyance en l’existence d’une nature humaine est liée à la découverte d’une double structure du psychisme humain en Initiation.

Le sens profond du travail initiatique réside dans l’idée que, la nature humaine est quelque chose de foncièrement négatif. Elle est à l’origine de tous les maux de la société, de toutes les aberrations mentales. Elle explique la violence et l’injustice, la médiocrité comme le racisme. La raison à tout cela est que, cette nature inférieure se caractérise par l’égocentrisme, qui est sa caractéristique fondamentale, la même chez tous peuples de notre humanité, et opposable à une Nature Supérieure Divine, qui habite aussi le psychisme humain et qui est l’opposé de la nature humaine, représentation de toutes les qualités: le désintéressement.

Les paysans africains ont ainsi une perception nette de la nature de la nature humaine. A tel point qu’ils identifient systématiquement le mensonge ou le moindre comportement égoïste des personnes venant de la ville comme le résultat d’une exposition prolongée de l’être à la culture occidentale. L’égocentrisme est donc le pire défaut dont on puisse taxer le membre de la société africaine. Il équivaut à l’exclusion sociale de celui-ci. La société africaine considère réellement l’égocentrisme comme l’expression d’une psychologie primitive.

L’idée d’une Nature Divine s’impose ainsi comme le but suprême à atteindre par le travail initiatique. Car, du moment où l’on engage un processus de développement spirituel, il faut bien se donner un idéal, se fixer un but clairement définit à atteindre. On verra que ce haut idéal est en soi indispensable pour le travail initiatique lui même, car il mobilise de façon permanente l’attention sur la vie que l’on mène, sur les actes que l’on pose, sur les sentiments que l’on éprouve, et sur les idées que l’on produit dans la vie quotidienne.

En effet la pédagogie initiatique, est un processus sans fin, de l’exercice de l’effort, sans rupture, pour atteindre un Haut Idéal. Au cours de ce processus, l’adepte de l’initiation découvrira avec étonnement l’apparition dans son propre psychisme des qualités mentales supérieures, que l’on appelle vulgairement des « pouvoirs ». Ces transformations sont inévitables, puisque le travail initiatique agit sur la structure psychique profonde de l’être. Mais un vrai initié ne fait pas de l’acquisition de ces qualités, sa préoccupation majeure. Tout son être doit être tendu vers l’identification avec la Nature Divine. Celle-ci se produira en raison inverse, du niveau d’évolution spirituel atteint par chaque adepte de l’Initiation.

Pour accélérer ce processus, il doit considérer la vie quotidienne comme une matière à transformer. C’est pourquoi l’Initiation s’impose à l’observation comme avant tout une école de l’effort. L’effort permanent exercé par soi sur soi même, donne à la pédagogie initiatique son identité profonde. C’est cet effort résolument orienté vers une finalité, qui à la longue, provoque en l’Homme une rupture des barrières internes accumulées par une vie ordinaire précédente fondée sur l’égocentrisme. La Force Vitale, jusque là entravée dans sa tendance à la mobilité, peut enfin circuler dans des voies énergétiques que l’organisme a prévu à cet effet, pour éveiller tous les centres spirituels de l’organisme humain. Le travail initiatique est donc l’action d’intensifier la force vitale, dont la circulation réveille progressivement les centres énergétiques et spirituels qui sommeillent en l’Homme.

Un tel processus conduit à provoquer l’éveil et la manifestation, de la Nature Divine de l’Homme, qui vient prendre alors la direction du psychisme humain. A ce stade, l’Homme atteint l’idéal fixé par la science initiatique, mais aussi par la civilisation africaine elle même. Il s’identifie à Dieu.

 

II. LA MORT INITIATIQUE ET LA RENAISSANCE SPIRITUELLE: OU DEUXIÈME NAISSANCE

C’est pour atteindre le Haut Idéal que représente la Nature Divine, que la pédagogie initiatique reste à l’affût des techniques de travail toujours plus efficaces. Elle est poussée vers cette recherche de l’efficience par la logique et la dynamique mêmes du travail initiatique, qui est inconciliable avec toute forme de médiocrité. On a vu par exemple, qu’elle n’hésitait pas à infliger au corps physique des traitements atroces pour respecter cette logique. L’expérience de la mort initiatique que nous avons brièvement évoquée ci-dessus, vient clore ce processus d’auto transformation.

Selon D. ZAHAN [5] «On admet habituellement que la mort et la résurrection du néophyte correspondent à l’idée de renouvellement de l’être humain qui grâce à ce traumatisme symbolique dépouille le «vieil homme» qu’il était pour se muer en «nouvel homme» correspondant à son état spirituel d’initié».

La mort initiatique était d’après le R.P Van WING [6], dans le système initiatique de l’ancien royaume kongo, (Le KIMPASI), le mystère le plus profond, le moment le plus mystérieux. Celui qui l’avait connu et vécu, se considérait par la suite comme l’égal des dieux.

C’est en effet, à ce moment que s’opère la transmutation de la personnalité. B. HOLAS [7] observe à propos de l’institution du PORO chez les SENOUFO que:

« Le but final de cette instruction est de conduire l’homme de son état primitif d’animalité à celui d’unité sociale parfaite, ou en d’autres termes, créer, réaliser l’homme (…) Nous assistons ici en fait à une métamorphose laborieuse et à longue échéance, avec au bout une sorte de divinisation du mortel qui parvient à une place centrale dans le système phénoménologique».

Soulignons donc que, la décision de tuer l’homme dans sa nature humaine inférieure et égocentrique pour le ressusciter dans une Nature Supérieure et Divine, est une décision consciente, découlant d’une connaissance préalable de cette nature, c’est à dire de son caractère négatif et égocentrique. Il ne s’agit donc pas d’une improvisation, ou d’une curiosité ethnologique et folklorique qui n’a pas de sens. Dans cet acte, s’explique l’identité profonde de la science initiatique. L’homme est considéré comme un être primitif et nuisible tant qu’il n’a pas fait par l’effort, l’expérience directe de la divinité. Il ne s’agit donc pas d’adresser des prières intéressées à Dieu, ou d’aller à la messe une fois par semaine, mais de mener une vie qui permette à la divinité qui habite l’Homme de s’éveiller et de s’imposer. Puis de prendre le contrôle total de son existence.

C’est le but que vise clairement et volontairement le travail initiatique. Car pour l’Africain, Dieu n’est pas séparé de l’homme. Il porte en lui la divinité de façon très consciente. Le travail initiatique crée les conditions qui permettent à l’Homme de céder le pouvoir et l’autorité à cet être supérieur qui l’habite, par l’acte le plus symboliquement puissant que la pédagogie initiatique africaine ait inventé: la mort initiatique.

C’est la raison pour laquelle, les écoles initiatiques africaines prescrivent toujours une période de réclusion ou une retraite aux candidats au statut d’initié. Les candidats y vivent coupés du monde extérieur, généralement dans un Bois Sacré ou alors dans des une maison réservée à la pratique de l’Initiation. Et cette réclusion symbolise «la vie du cadavre dans la tombe et aussi l’attente du foetus dans le sein maternel», rapporte Dominique ZAHAN.

Il précise: «En somme, le temps de gestation spirituelle des néophytes et leur vie «tombale» correspondent à une mutation: ils s’éloignent de l’humanité en acquérant une sorte de Nature Divine. C’est pourvus d’un tel «capital» qu’ils «renaissent» ou «ressuscitent» au terme de leur réclusion spirituelle» [8]

Le travail initiatique montre donc que, le but et l’intention qui anime la pratique de l’Initiation est effectivement de produire un être responsable, excellent et parfait. Et, la cérémonie de la mort initiatique correspond au moment critique de la réalisation de ce très haut idéal. Comme personne n’est sensé échapper à l’Initiation dans la société africaine, il se créé une inter normativité à travers laquelle, un individu n’est apprécié, que par rapport à la puissance et l’autorité qu’il manifestent après avoir subi les épreuves de l’Initiation. Au pouvoir de maîtrise qu’il possède sur lui-même, de sa capacité à juguler ses instincts et ses penchants égocentriques. C’est à de tels hommes d’un mérite exceptionnel ayant atteint un haut niveau de développement spirituel, que la société confie l’autorité et le pouvoir. C’est pourquoi la stratification du système communautaire développé (en réalité ce schémas se met en place dès le Type II du système communautaire et se stabilise à partir du Type III, ou système communautaire développé), ressemble à une pyramide dont la base est formée par les postulants à l’initiation, le tronc par les initiés et le sommet par les Maîtres et Grands Maîtres initiateurs, les NEB MAAT..

Sous l’action pédagogique de l’Initiation, il se produit dans le psychisme de l’être humain une véritable révolution, qui se matérialise par l’apparition d’un centre spirituel dans celui-ci. Sur le plan social, un des résultats visibles en est l’apparition des individualités et des entrepreneurs dans tous les domaines de l’activité sociale. Autrement dit l’acquisition d’une mentalité pharaonique, laquelle sanctionne, l’éclosion d’un pouvoir et d’une maîtrise totale sur soi même.

Sur le plan des relations sociales, l’Initiation fait éclater la conception de la parenté fondée sur une base restreinte, pour l’étendre au cosmos lui-même. En effet, en mourrant dans sa nature inférieure pour renaître dans une nature supérieure, l’initié ne peut plus être simplement le membre de son lignage, de son clan, de sa tribu ou de son ethnie. Il devient un frère pour tous les êtres de la Création. La structure de la société africaine elle même se transforme donc. L’Initiation procède ainsi à une parentalisation universelle des rapports sociaux. C’est cela la parenté cosmique (DIKA AKWA, Le Nyambéïsme, 1984) ou Fraternité Universelle. Nous savons que celle-ci est un état de conscience supérieur qui permet de considérer l’autre comme fondamentalement identique à soi même, car au niveau de la Nature Divine de l’Homme, la dynamique interne à cette nature, le désintéressement, exclut tout sentiment de séparation et impose la propension à l’unité, à la conscience de tous les êtres.

 

CONCLUSION

Chaque être humain sur terre est capable d’entrer spontanément dans cet état de conscience. A la seule et unique condition de poser comme fondement de son existence: la pureté. Pureté au niveau des sentiments, au niveau des pensées, et dans les actes qu’il doit poser quotidiennement.

Nous préciserons dans une prochaine leçon, en quoi consiste cette notion de pureté.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

1-Cité dans BALLA TRAORE (M) ; Opcit, p.209

2-Voir VAN WING (R.P) « Études Bakongo, Sociologie, religion et magie » ; Désclée de Brouwer, Bruxelles, 1959, p.455-457.

3-ZAHAN (D); Opcit, p.98.

4-SARTRE (J.P) ; « L’existentialisme est un humanisme » ; Nagel, Paris, 1960, pp.21-22.

5-ZAHAN (D) ; opcit, p.99.

6-VAN WING (R, P) ; « Etudes Bakongo. Sociologie, Religion et Magie » ; opcit.

7-HOLAS, cité dans ZAHAN (D); « Religion, spiritualité et pensée africaines »; opcit, p.100.

8-D. ZAHAN, 1970, opcit, p.103.

VIE, FORCE, SANTE.

JP. KAYA

 

 

 

 

Publié le: lundi 06 mars 2017 (256 lectures)
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